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Adjoua Art’s trouve sa voix en Mauricie

21 mars 2026

Par Vanessa Laguerre

Arrivée au Québec il y a cinq ans grâce à une bourse d’études, Marie Paule Désirée N’guessan ne pensait pas que Trois-Rivières deviendrait le moteur de sa vie artistique. Aujourd’hui, sous le nom d’Adjoua Arts, cette artiste multidisciplinaire d’origine ivoirienne est poétesse, maquilleuse d’art tribal et conteuse. Elle se définit comme « la griotte de la femme africaine » — celle qui parle au nom des femmes, qui magnifie leur force et transmet leur mémoire.

« Je dois 80 % de ce que je suis devenue à Trois-Rivières », confie-t-elle.

D’Alma à Trois-Rivières : Un parcours forgé par l’épreuve

Quand elle débarque au Québec, Adjoua s’installe d’abord à Alma, au Lac-Saint-Jean, pendant deux ans. La ville est tranquille, loin des circuits culturels. En 2022, un diagnostic d’endométriose change tout. Elle retourne en Côte d’Ivoire pour son opération, laisse tout derrière. « C’est l’écriture qui m’a fait tenir, avec la prière surtout », se souvient-elle. Guérie, elle décide de ne pas retourner à Alma. Trois-Rivières, mieux positionnée entre Montréal et Québec, lui ouvre davantage de portes pour ses contrats artistiques. Elle s’y installe directement.

Ce changement de ville marque un tournant. À Trois-Rivières, une rencontre décisive l’attend : Elvire B. Toffa, qui l’invite à un événement de Voix de Pasaj un organisme qui regroupe des artistes de la diversité. « Quand je suis allée à cet événement, le réseautage s’est fait rapidement », raconte-t-elle. Elle intègre aussi le regroupement des Amazones d’Afrique du monde. Deux communautés qui deviennent ses tremplins.

Une poésie née de la douleur, tournée vers la lumière

C’est durant sa convalescence que Adjoua commence réellement à écrire. Pas des textes sombres, au contraire. « J’écrivais des paroles pour me réconforter moi-même. Je ne savais pas qu’en lisant ces paroles-là, ça allait panser mes blessures intérieures ». De ces textes de résilience naît son premier recueil, Ornement un titre qui dit tout. « C’est à cœur ouvert qu’il faut lire ce recueil », confie-t-elle.

Sa poésie célèbre la femme dans ce qu’elle a de plus profond. Elle oriente ses textes pour « magnifier la femme africaine, montrer sa force et sa résilience, son travail ». Ce n’est pas une poésie de combat au sens militant, c’est une poésie d’éveil intérieur. « C’est plus d’aller à la découverte de son être. Chercher où réside notre force, pour réaliser nos projets, cultiver l’amour, la joie. »  Une invitation à se relever, portée par une femme qui en a fait l’expérience elle-même.

Prochainement, elle lancera Solo Mum, un recueil de témoignages de mamans solos qui paraîtra en mai. « À travers les histoires de ces femmes, je veux faire ressortir ce qu’elles portent en elles », explique-t-elle.

Le maquillage tribal, sa signature

Si la poésie nourrit son âme, c’est le maquillage tribal qui a fait connaître Adjoua Art’s en Mauricie. « Ce qui m’a fait connaître à Trois-Rivières, c’est le maquillage », admet-elle avec franchise. Elle est régulièrement sollicitée pour des ateliers et des festivals multiculturels, où elle transforme les visages en œuvres vivantes inspirées des traditions africaines.

Adjoua utilise également l’intelligence artificielle comme vitrine pour son art. « J’utilisais l’IA pour montrer les modèles de maquillage que les personnes peuvent avoir. Au niveau budgétaire je n’avais pas les moyens de payer un·e mannequin, un·e photographe, une séance de shooting. Avec ma connexion internet, je générais ces modèles — qui m’ont amené de la clientèle. » Une façon créative et accessible de se faire connaître, qui illustre bien sa débrouillardise d’artiste indépendant·e son portfolio est visible sur son site.

Elle nourrit aussi un projet de documentaire en collaboration avec des communautés autochtones du Québec — et ce rapprochement n’est pas anodin. Dans les deux traditions, les motifs portés sur le corps ne sont jamais de simples ornements : ils racontent une histoire, marquent une appartenance, transmettent un message. Deux continents, une même conviction que le corps est un territoire de sens. « Ce qui me touche, c’est que, derrière chaque symbole, il y a une signification profonde c’est sacré c’est précieux », insiste-t-elle. Le projet est écrit, les autorisations restent à obtenir.

Une présence qui s’affirme

Adjoua a participé à deux expositions organisées par le Regroupement des Amazones d’Afrique du monde pour le Mois de l’histoire des Noirs. Elle a également exposé au SANA de Shawinigan et présenté ses œuvres dans le cadre de la nuit des femmes avec Voix de Passaj. Le 14 février dernier, elle montait sur scène au Repère des mauvaises langues pour « Voix d’Ébène », aux côtés de Basile Seni, Miloudie et Doré Sowlo.

Deux collaborations majeures

Parmi toutes ses collaborations mauriciennes, deux se démarquent. La première, Voix de Pasaj et sa directrice Sandra Baron, reste celle qui l’a le plus marquée. « Un·e artiste gagnerait à garder cette collaboration précieusement, comme un œuf pour évoluer dans sa carrière ». C’est notamment grâce à cet organisme qu’Adjoua a été vue à TVA et contactée depuis Rimouski pour des prestations.

La deuxième, la Boîte interculturelle de Nathalie Lévesque, lui a offert une expérience humaine et artistique unique. Dans le cadre du projet « Champs d’artistes », elle a enseigné le bogolan — technique traditionnelle de peinture à l’argile d’Afrique de l’Ouest — à Claudine Cousineau, une artiste québécoise qui lui a en retour appris la peinture à base de pigments. Un échange qui a duré un an, couronné par une série de courts métrages et un livre numérique disponible sur la Boîte interculturelle.

« Cette belle œuvre est due à l’art qui nous unit malgré nos cultures différentes », témoigne-t-elle en parlant de Claudine comme de sa jumelle artistique.

Une artiste qui bâtit

Et la suite ? Ouvrir une école de maquillage tribal au Québec. « Il ne faudrait pas que ça soit juste dix personnes qui disent que c’est la première fois qu’elles en entendent parler. Il faudrait que ça soit vraiment répandu. » Adjoua Art’s ne fait pas que créer — elle bâtit, transmet, ouvre des portes. En Mauricie, elle a trouvé bien plus qu’une ville d’adoption. Elle a trouvé sa voix.

 

Vous souhaitez découvrir son univers poétique et artistique, réserver une prestation de maquillage tribal ou suivre l’avancement de Solo Mum? Visitez son site, suivez-la sur les réseaux sociaux ou contactez-la directement via adjouaarts.com.

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